Shoko Okumura : Empathy Towards Things prend le large

À l’occasion de la quatrième édition des Artivism Awards, l’artiste japonaise Shoko Okumura a été invitée à concevoir une peinture murale permanente à bord du voilier SY Kyalami. Inspirée de sa série Empathy Towards Things, cette création in situ accompagne les navigations du bateau en Méditerranée, évoluant au rythme de la lumière, de la mer et du voyage. Dans cet entretien, l’artiste revient sur cette commande singulière, évoque les défis qu’elle a représentés et explique comment elle s’inscrit dans les questionnements qui traversent son œuvre depuis de nombreuses années.

En 2026, l’artiste japonaise Shoko Okumura a participé à la quatrième édition des Artivism Awards, une initiative internationale fondée sur la conviction que l’art peut nourrir l’esprit critique et contribuer à une prise de conscience des grands enjeux environnementaux et sociétaux de notre époque. Imaginé par la galeriste Diana von Hohenthal und Bergen aux côtés des artistes Alexandra Mas et Peter Hopkins, ce programme réunit des artistes dont les pratiques interrogent les défis contemporains et ouvrent de nouvelles perspectives de dialogue entre création artistique et société.

Cette quatrième édition était consacrée à la préservation des océans et développée en collaboration avec l’Underwater Cultural Heritage Unit de Malte, dont les recherches portent sur les liens entre patrimoine culturel submergé et environnement marin en Méditerranée. En réunissant artistes, scientifiques et chercheurs, le projet entendait favoriser un dialogue fécond entre création contemporaine et recherche scientifique.

Le projet s’est déroulé lors d’une traversée de la Méditerranée à bord du SY Kyalami, un voilier dont la programmation culturelle s’articule autour de voyages mêlant patrimoine, création contemporaine et grands rendez-vous artistiques, notamment la Biennale de Venise. Parti de Malte, l’équipage a rejoint Venise, avec une escale à Dubrovnik, avant l’inauguration de l’exposition Ocean Preservation Awareness au Venice Yachting Club.

À cette occasion, Shoko Okumura a été invitée à réaliser une peinture murale permanente à l’intérieur du voilier. Cette commande in situ a été conçue comme une création appelée à accompagner la vie du bateau, évoluant au rythme de la lumière, du mouvement de la mer et des voyages. Inspirée de sa série Empathy Towards Things, elle prolonge sa réflexion sur la nature, l’impermanence et les relations sensibles que nous entretenons avec notre environnement.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de créer une œuvre permanente à bord d’un voilier ?

Ce qui m’a le plus attirée, c’est l’idée que cette œuvre puisse continuer à voyager, qu’elle soit toujours en mouvement. Le voilier naviguera dans différents lieux de la Méditerranée, et son propriétaire imagine également qu’il puisse devenir, à certaines occasions, une sorte de galerie d’art flottante. Je me sens très honorée de faire partie d’un projet aussi porteur de sens, qui crée un espace unique pour l’art et les artistes.

Avez-vous immédiatement su quelle atmosphère vous souhaitiez créer ?

J’avais une image assez précise de ce projet avant de commencer à travailler, mais le fait de travailler à bord d’un voilier m’a apporté une inspiration toute particulière. Je ressentais en permanence le mouvement de l’eau et la brise marine. C’était une sensation très agréable. J’ai donc rendu la composition plus aérienne, parce que je voulais exprimer ce que j’avais ressenti en travaillant à bord du Kyalami.

Quels ont été les principaux défis de ce projet ?

L’un des principaux défis était d’ordre physique. Appliquer la feuille d’or et peindre une surface murale aussi vaste, notamment dans les espaces situés entre les escaliers et les parties supérieures et inférieures de la cabine, était particulièrement exigeant. Je devais également veiller en permanence à ne pas endommager ou peindre accidentellement une autre partie du bateau. En raison des dimensions de l’œuvre, il était aussi essentiel de prendre régulièrement du recul afin de pouvoir observer la composition dans son ensemble et préserver son équilibre.

Contrairement à une peinture exposée dans une galerie, cette œuvre murale fera partie du quotidien des personnes qui vivront à bord. Comment aimeriez-vous qu’elles la découvrent et qu’elles vivent avec elle au fil du temps ?

En travaillant sur le bateau du matin jusqu’au soir, j’ai remarqué combien l’œuvre change selon la lumière, le temps et le moment de la journée. Au coucher du soleil, en particulier, la feuille d’or se réchauffe et capte la lumière d’une manière très belle, presque scintillante. J’espère que les personnes qui vivront avec cette œuvre prendront plaisir à observer ces changements subtils au fil du temps et qu’elle saura, d’une certaine manière, refléter l’atmosphère qui les entoure : le mouvement de l’eau, la lumière et la brise marine.

Cette peinture murale évoque naturellement votre série Empathy Towards Things. En quoi prolonge-t-elle cette recherche ?

Empathy Towards Things s’enracine dans la sensibilité japonaise du mono no aware : une conscience délicate de l’impermanence de toute chose et de l’émotion silencieuse qui en découle. Dans le contexte de la démarche du Kyalami en faveur de la préservation des océans et de la vision portée par la One Ocean Foundation, cette idée trouve une résonance naturelle. La mer elle-même incarne une transformation permanente : les marées évoluent, la lumière change et les écosystèmes existent dans un équilibre fragile.

Grâce à la feuille d’or, aux différentes strates de la surface et aux reflets qui évoquent la lumière sur l’eau, cette peinture murale prolonge cette série en ouvrant un dialogue avec l’océan. Pour moi, prendre conscience de la fragilité éveille également un sentiment d’attention et de responsabilité. Ainsi, l’empathie envers les choses peut devenir une empathie envers le monde vivant. Et ce qui est le plus fragile est souvent ce qui appelle le plus à être protégé.

Ce projet a réuni des artistes, des scientifiques et des chercheurs spécialisés dans les questions environnementales. Que retenez-vous de ces échanges ?

Ce qui m’a le plus marquée, c’est le sentiment que tout est profondément interconnecté. Ces échanges m’ont amenée à réfléchir à la manière dont de petits changements peuvent avoir des conséquences sur l’ensemble d’un écosystème. Ils ont renforcé une conviction qui est au cœur de mon travail : l’importance d’observer la nature avec attention et de développer une empathie plus profonde envers le monde qui nous entoure.

Cette expérience a-t-elle changé votre manière d’envisager votre responsabilité en tant qu’artiste ?

Oui. Elle m’a rendue plus consciente que, en tant qu’artiste, mon rôle n’est pas nécessairement d’apporter des réponses, mais d’inviter chacun à faire une pause, à observer et à ressentir un lien plus profond avec la nature. À travers ma série Tree Portrait, je contribue également à des initiatives de plantation d’arbres. Pour moi, éveiller cette sensibilité et trouver des moyens concrets de rendre quelque chose à la nature font partie de la responsabilité d’un artiste.

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Shoko Okumura crée une peinture murale sur un voilier | Artistics
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