L’artiste italienne Francesca Bernardini a été sélectionnée pour représenter l’Italie lors de la prochaine édition de la Biennale internationale de Sculpture du Chaco, qui se tiendra à Resistencia (Argentine) du 11 au 19 juillet 2026. Nous l’avons rencontrée pour évoquer son projet, Lieu sûr, et la manière dont elle aborde cette expérience artistique hors norme.

Encore peu connue du public européen, la Biennale internationale de Sculpture du Chaco est pourtant l’un des rendez-vous les plus attendus de la sculpture contemporaine. Créée à la fin des années 1980 dans la ville de Resistencia, au nord de l’Argentine, elle réunit tous les deux ans une sélection restreinte d’artistes venus du monde entier, invités à concevoir et réaliser une œuvre en plein air, sous le regard du public. À la croisée de la compétition artistique et du festival populaire, l’événement se distingue par son format singulier, qui transforme la création en acte partagé.
Au fil des éditions, la Biennale s’est imposée comme une plateforme internationale de référence, attirant des artistes confirmés issus de scènes très diverses. Les œuvres produites lors de chaque édition viennent enrichir l’espace public de Resistencia, devenue au fil du temps une véritable « ville-musée » à ciel ouvert, où la sculpture s’inscrit durablement dans le paysage urbain et dans la vie quotidienne.

Vous avez été choisie pour représenter l’Italie à la Biennale internationale de Sculpture du Chaco 2026. Que représente cette sélection pour vous aujourd’hui, dans votre parcours artistique ?
Je suis très heureuse d’avoir été sélectionnée. Il s’agit d’une expérience unique en son genre car c’est à la fois une compétition et un événement de grande envergure. J’ai déjà participé à des événements similaires, mais il n’y avait pas de lauréat, comme c’est le cas ici. En participant, je savais que j’allais me mesurer à des artistes talentueux et renommés. Et être sélectionné à leurs côtés me rend à la fois fière et enthousiaste. Le fait que j’ai été sélectionnée récompense mes efforts pour inscrire le savoir-faire artisanal italien dans des langages contemporains. Cela démontre que la sculpture italienne est vivante, dynamique et capable de dialoguer avec les tensions du présent.
La Biennale impose de réaliser une œuvre en quelques jours, en plein air et sous le regard du public. Comment abordez-vous cette dimension à la fois performative et exigeante ?
J’ai déjà participé à ce genre d’événements par le passé et j’ai l’expérience nécessaire pour gérer mon travail dans cette contrainte de temps, d’autant que je puis m’y consacrer entièrement. Je ressens un stress positif qui m’aide à ne pas ressentir la fatigue, même en travaillant 10 heures par jour. Évidemment, je ne pourrais pas tenir ce rythme de travail chez moi.
La présence d’un public est agréable et stressante en même temps : tout le monde veut prendre une photo avec toi ou te parler, même aux moments où tu dois être concentrée. Surtout, j’aborde cette culture différente avec un esprit ouvert et un profond sentiment de respect. J’aime me considérer comme une invitée curieuse qui cherche à apprendre les codes locaux, des gestes à la langue, pour construire un pont de communication authentique. On se rend compte que les cultures différentes ne sont jamais très éloignées de la sienne et que les émotions et les sentiments sont les mêmes.
Pouvez-vous nous parler du projet que vous avez proposé pour cette édition : quelles en sont les grandes lignes, et qu’est-ce qui a guidé vos choix formels et conceptuels ?
La sculpture que je vais réaliser s’intitule « Lieu sûr ». Il s’agit d’un nid, un thème que j’ai abordé par le passé sans jamais l’épuiser. Le nid est le premier horizon que nous rencontrons : un entrelacement de fils, de mains, de pensées et d’attention qui devient foyer, refuge et promesse. Cette sculpture célèbre ce moment unique où la vie s’éveille et, encore tremblante, découvre qu’elle a des ailes. C’est une invitation à se rappeler que chaque voyage commence par le fait d’être accueilli et qu’il n’est possible de prendre son envol qu’à partir d’un lieu aimant. Cette réflexion s’amplifie évidemment si l’on considère le nid comme un lieu, et que ce lieu, c’est le monde. Un monde qui, en cette période comme en d’autres par le passé, est en danger, avec des guerres honteuses qui bouleversent la paix mondiale.
Savez-vous déjà quelle sera l’origine de la pierre que vous allez travailler — s’agira-t-il d’un matériau local ou importé ?
Je vais travailler le travertin, une pierre très répandue en Amérique latine et semblable au travertin romain. C’est une pierre qui a beaucoup de personnalité et que j’apprécie beaucoup. J’ai d’ailleurs choisi une forme épurée et simple, avec peu de détails.
Le choix d’une pierre locale a-t-il influencé votre projet ? Plus largement, le fait de créer en Amérique latine a-t-il orienté votre proposition ?
Je ne me laisse jamais influencer par le matériau, mais je pense que certains se prêtent mieux que d’autres à certaines formes. Ce n’est pas le lieu qui oriente ma proposition, mais plutôt la période que nous traversons.
À l’issue de la Biennale, votre sculpture sera intégrée à l’espace public de Resistencia. Quel regard portez-vous sur cette idée de “ville-musée”, constituée d’œuvres créées au fil des éditions ?
Une ville remplie de sculptures n’est pas seulement un musée à ciel ouvert, mais un lieu où l’art cesse d’être distant et s’intègre à la vie quotidienne. Je vois la sculpture urbaine comme une invitation à la lenteur. Dans un monde qui court, la sculpture est immobile ; elle nous invite à nous arrêter un instant, à observer les détails et à nous demander ce que l’artiste a voulu nous dire, ou simplement à nous laisser captiver par la beauté.
Biennale internationale de sculpture du chaco 2026
Resistencia, Chaco – Argentine
Du 11 au 19 juillet 2026
bienaldelchaco.org





