L’Abbaye de Montivilliers, en Normandie accueille tout au long de l’été l’exposition « À la table des Dames » qui retrace les quinze dernières années du parcours singulier de l’artiste Cécile Raynal. A cette occasion, la galerie Artistics vous invite à découvrir sa démarche et une sélection des œuvres exposées, dont deux installations créées spécialement pour l’événement.
L’activité de Cécile Raynal se partage entre son atelier en Normandie et des résidences qui ont généralement lieu dans des lieux étrangers à la pratique artistique, en marge de la société : prisons, hôpitaux, couvents… Dans ces endroits, l’artiste modèle dans l’argile les portraits des personnes qu’elle rencontre et ces portraits se nourrissent des échanges qui naissent à cette occasion. L’artiste procède par association : les portraits s’étoffent des souvenirs, échos, images qui naissent des récits qu’elle reçoit. De retour dans l’atelier, elle poursuit ces associations en puisant dans un vaste répertoire de contes, de mythes et autres références littéraires largement partagées. C’est ainsi qu’apparaissent des sculptures d’animaux, voire de créatures hybrides, mi-humaines, mi-animales.
On trouve dans son œuvre des femmes-oiseaux, des personnages dissimulés sous des peaux de bêtes, mais aussi des figures mythologiques ou des portraits de proches. Les femmes occupent une place particulièrement importante dans son œuvre. On devine chez elle une fascination pour les personnages insoumis, qui ont osé dire non ou s’opposer à un destin choisi par d’autres : la nymphe Daphné, qui s’est refusée à Apollon, ou la femme de lettres française du 18e siècle Olympe de Gouges, qui s’est battue en faveur des droits des femmes et de l’abolition de l’esclavage. Parmi les anonymes se trouvent aussi des portraits qui traduisent une certaine fragilité, comme cette femme sans visage qui confronte le spectateur à un vide insondable, un intérieur profondément creusé.

Il arrive aussi que ses sculptures se rencontrent et dialoguent dans le cadre d’installations. C’est par exemple le cas de La table des Dames, l’une de ses créations les plus récentes qui donne son nom à l’exposition de l’Abbaye de Montivilliers. Cette installation rassemble des portraits de personnes issues de l’entourage de l’artiste, des amies ou des femmes qu’elle a invitées à poser pour mieux les connaître.
Ces portraits sont rassemblés autour d’une table, sorte de banquet au féminin. A cette scène sont associés diverses sculptures d’animaux et d’objets qui témoignent toujours des associations faites par l’artiste avec ses propres souvenirs ou d’autres références. Une seule figure masculine apparaît, en spectateur. Au sujet de cette installation, l’artiste déclare : « C’est une table porte-récits, des récits dont je ne connais que les débuts. » Bien que foisonnante et symbolique, l’œuvre de l’artiste n’est pas à proprement parler narrative : ses sculptures et ses installations proposent plutôt des amorces d’histoires que le spectateur peut choisir ou pas de saisir en suivant ses pensées, son imagination ou ses propres associations.

Ses sculptures, qui trouvent leur origine dans des rencontres, témoignent donc avant tout de ceci : aller vers l’autre, c’est prendre le risque d’être bousculé, déplacé, de voir notre édifice intérieur devenir instable, mais d’une instabilité féconde. L’œuvre de Cécile Raynal est une œuvre qui va au-devant des autres, sans peur, sans préjugé et sans jugement. Ses sculptures ne cherchent pas à séduire, elles peuvent même parfois paraître inquiétantes. Cuites au four et carbonisées selon un dispositif qui s’apparente à la technique japonaise du Raku, elles prennent donnent à voir des silhouettes noircies par les flammes.
Rugueuses, elles portent en elles les traces d’un passage par la matière, par l’épreuve, et pourtant elles se dressent, debout, vivantes. Elles convoquent un monde où la part animale, féminine, instinctive ou rebelle est assumée comme une force essentielle. Ainsi, à travers une œuvre ouverte, non dogmatique mais profondément habitée, Cécile Raynal nous invite à reconsidérer ce qui nous relie aux autres, à la mémoire, au vivant.
Du 7 juin au 31 août 2025
Ouvert les mercredis, samedis et dimanches de 14h à 18h
Abbaye de Montivilliers, 76290 Montivilliers






