Présentée à la Regional Gallery of Fine Arts de Zlín (République tchèque), l’exposition Abysslantis marque une nouvelle étape dans le parcours du sculpteur tchèque Ondřej Oliva. Pensée comme une immersion dans les profondeurs océaniques, elle réunit une installation monumentale et deux sculptures en bronze qui explorent les liens entre le temps, la nature et les traces laissées par les civilisations humaines.

Une exposition conçue comme une plongée
Avec Abysslantis, Ondřej Oliva ne présente pas seulement une nouvelle série de sculptures : il invite le visiteur à vivre l’expérience d’une plongée dans les profondeurs de l’océan.
Les six sculptures monumentales de BENTHORELIC et deux œuvres en bronze émergent d’un sol bleu sombre évoquant les fonds marins. Une création sonore inspirée des basses fréquences enregistrées dans les grandes profondeurs accompagne le parcours, tandis qu’une projection audiovisuelle prolonge cette sensation d’immersion. L’ensemble a été imaginé par l’artiste comme une descente progressive vers un monde englouti, jusqu’au moment de la découverte.
Avant même d’observer les œuvres, le visiteur est ainsi invité à ressentir ce que l’artiste décrit comme un moment de découverte : l’instant où apparaissent les vestiges silencieux d’une Atlantide contemporaine.
Les vestiges d’un monde réinventé
Au cœur de l’exposition se déploie BENTHORELIC, une installation composée de six sculptures en aluminium nickelé et aluminium anodisé.
Le titre est un néologisme créé par Ondřej Oliva à partir des mots benthos, qui désigne les organismes vivant sur les fonds marins, et relic, le vestige. Les Benthorelics sont des fragments d’architecture ou des objets façonnés par l’homme que l’océan a lentement transformés en nouveaux écosystèmes, où l’histoire humaine et le monde vivant deviennent indissociables.
Réalisées à partir de moulages de bois altéré, ces sculptures conservent chaque fissure, chaque éclat et chaque trace d’érosion. Les colonies de moules qui semblent progressivement les coloniser ne racontent pas la disparition d’un monde, mais sa métamorphose.
Comme l’explique l’artiste : « J’ai cherché à préserver le bois au moment exact de sa décomposition. »
Une nouvelle étape dans le parcours d’Ondřej Oliva
Si Abysslantis ouvre un nouvel univers imaginaire, l’exposition s’inscrit dans la continuité des recherches qu’Ondřej Oliva mène depuis plusieurs années sur la rencontre entre le monde naturel et les constructions humaines.
Comme le souligne Ivan Bergmann, conservateur de la collection de sculptures de la Regional Gallery of Fine Arts de Zlín, « La confrontation entre l’organique et l’artificiel est depuis longtemps au cœur de la réflexion du sculpteur Ondřej Oliva. »
Cette tension entre le vivant et l’artificiel traverse l’ensemble de l’exposition. Les objets autrefois fonctionnels deviennent peu à peu les supports d’une nouvelle vie. Comme l’écrit encore Ivan Bergmann, « Des objets autrefois inertes et usagés se transforment, dans les profondeurs, en une oasis où la vie renaît avec vigueur. »
Une réflexion plus intime
Mais Abysslantis ne se résume pas à une réflexion sur le devenir des objets ou des civilisations. Derrière cette Atlantide imaginaire se dessine une interrogation plus intime sur le temps qui passe.
« Une fois que l’on a quarante ans, on commence à voir les choses différemment. J’avais envie d’arrêter le temps et de saisir le moment où la décomposition se fige, laissant l’objet préservé pour toujours », confie Ondřej Oliva.
Cette volonté de suspendre un instant condamné à disparaître traverse toute l’exposition. En transposant dans le métal des fragments de bois en cours de décomposition, l’artiste accomplit un geste paradoxal : donner une forme durable à ce qui, par nature, est éphémère.
C’est sans doute là que réside la véritable force d’Abysslantis. Sous les apparences d’un paysage sous-marin et d’une Atlantide réinventée, l’exposition parle avant tout de notre rapport au temps, à la disparition et à la création artistique, capable de préserver ce qui semblait voué à s’effacer.
Informations pratiques
Ondřej Oliva : Abysslantis (exposition personnelle)
Regional Gallery of Fine Arts
Zlín, République tchèque
12 août – 25 octobre 2026






