Sculpture : une interview avec Ondřej Oliva

14 décembre 2021

SIDERIT, sculpture en bronze, 2021

Ondřej Oliva (1982) est un sculpteur tchèque qui travaille l’aluminium et le bronze. Pour ses sculptures contemporainesl’artiste puise son inspiration dans ce qui l’entoure, ses expériences personnelles et ses voyages : il revisite des éléments naturels ou des objets communs, utilisant en particulier la juxtaposition entre formes naturelles ou organiques et éléments symétriques ou industriels. Ondřej Oliva s’est prêté au jeu de l’interview et a répondu à nos questions. Nous lui souhaitons la bienvenue chez Artistics.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de vos études ? Comment êtes-vous devenu artiste ? 

J’ai obtenu mon diplôme de l’Académie des Beaux-Arts de Prague en 2010, et je vis depuis lors entièrement de ma sculpture. Cela fait 10 ans. J’ai beaucoup de chance car j’aime mon métier. Je vis dans un environnement artistique depuis ma naissance puisque mon père est sculpteur, j’ai donc été entouré d’art toute mon enfance. Cependant, aller dans une école d’art puis à l’Académie était mon choix, et c’était le bon. 

D’où vient l’inspiration (ou les inspirations) de vos sculptures ? 

Je trouve l’inspiration partout autour de moi, il faut juste garder l’œil ouvert et rester attentif aux stimuli qui nous entourent. Par exemple, lorsque j’étais à l’université aux États-Unis, j’ai travaillé pour un restaurant de plage de luxe où je cuisinais des produits de la mer. Cette expérience directe avec les matières, textures, senteurs ainsi que l’environnement de la cuisine m’ont conduit à la création de plusieurs projets inspirés de la gastronomie et de l’esthétique du service. J’aime voyager et je ramène toujours de mes voyages des éléments naturels ou des objets qui ont capturé mon attention. J’aime voyager et je ramène toujours de mes voyages des éléments naturels ou des objets qui ont capturé mon attention. Par exemple, les sculptures URBANUTS et NUTS sont inspirées de mes voyages au Sri Lanka. SIDERIT est inspirée d’une pierre tombée à mes pieds pendant une expédition sur un volcan actif en Islande. 

NUTS, sculpture en bronze, 2018

Ces dernières années, le thème de l’arbre, que je perçois comme un symbole, un lien entre les cieux et la terre, apparait souvent dans mon travail. Comme toute forme de foi, ses racines sont enfouies profondément dans la terre, mais le sommet touche les cieux. C’est un archétype simple que l’on retrouve dans de nombreuses mythologies ou traditions religieuses et philosophiques. Ça convoque les quatre éléments et le cycle de la vie. Quand je travaille à partir de ce symbole, j’utilise différentes approches – dans la sculpture TREE IN THE BOX par exemple, j'insère une perturbation, une intervention radicale dans la forme naturelle parfaitement belle de l'arbre.   

J'aime travailler l'entrelacement de textures naturelles, de matières et de formes organiques en contraste direct avec des éléments inorganiques, symétriques et industriels. J'aime les contraires - quand la beauté apparemment parfaite d'un motif naturel est soudainement et radicalement perturbée par un élément étranger. Je veux que le spectateur se demande : pourquoi est-ce arrivé ? Qu'est-ce qui se cache sous la surface ? 

Y a-t-il un message ou un récit que vous souhaitez transmettre au public à travers votre art ?

 

Dans mes œuvres, j’essaye de créer des objets visuellement intéressants qui sont lisibles à la fois par leur forme et leur contenu, même pour le spectateur lambda. C’est la raison pour laquelle la plupart des sujets que je choisis et avec lesquels je travaille sont issus de choses ordinaires qui nous entourent. Ainsi, chacun peut facilement se les approprier.

URBANTREE, sculpture en aluminium, 2017

Avez-vous déjà travaillé avec d'autres matériaux ou aimeriez-vous le faire ? Pourquoi avoir choisi les métaux comme matériau de sculpture ?

Au cours de mes études et pendant quelques temps ensuite, j’ai expérimenté différentes approches et types de matériaux comme l’époxy, le polyester, la résine, différents types de béton ou de plâtre. J’ai aussi fait des sculptures en verre et en matériaux que je trouvais au rebut. Cependant dans mes œuvres récentes, je travaille exclusivement les métaux en raison de leur stabilité et de leur immuabilité. Je crois que si j’investis autant d’effort, de travail, de temps et d’énergie pour créer une sculpture, le résultat doit être définitif et permanent. Je pense que chaque métal véhicule une énergie particulière et parle son propre langage. Dès la phase de conception de la pièce, je sais quel matériau je vais utiliser pour la sculpture finale. 

Pouvez-vous nous expliquer les différentes phases de votre processus créatif ? Comment organisez-vous votre travail ? 

 

Avant même de créer une nouvelle sculpture, j’ai toujours l’idée en tête depuis longtemps. Lorsque je passe à la phase de conception, je dessine les croquis de plusieurs versions sur papier ou sur ordinateur et je m’efforce de trouver la plus appropriée. Je travaille généralement sur trois ou quatre choses à la fois. Je me demande longuement s’il est bien nécessaire de réaliser telle sculpture et si elle pourra tenir la confrontation avec d’autres œuvres dans toute l’étendue de la création artistique. 

Pouvez-vous expliquer votre technique ? Quelles difficultés y sont liées, si tant est qu’il y en ait ? 

Dans l’atelier, je travaille directement sur le modèle en modelant, façonnant ou en coulant les éléments individuels, fragments des futures œuvres. J’utilise beaucoup la technique de la cire perdue, connue depuis des centaines d’années avant JC. A un certain moment de ce long processus, à la fonderie, la sculpture est faite d’air, c’est un espace vide qui sera ensuite remplie de métal. C’est le moment le plus risqué de tout le processus : si le moule se casse, il ne reste que de l’air et des semaines de travail sont balayées en un instant. La fonte fait place au travail de ciselure et au traitement de surface final. La création d’un nouvel objet, de la première idée jusqu’à la sculpture finie, prend toujours au moins quelques mois, mais pour des œuvres plus grandes ça peut être une année voire plus. 

Pour moi, le processus créatif est toujours en cours : certaines pièces sont encore en phase de conception, et d’autres des work-in-progress dans l’atelier. Enfin, d’autres sont prêtes à être fondues. 

Quel est le projet de vos rêves ? 

Mon rêve est de faire une installation monumentale dans l’espace public d’une métropole européenne. Je pense que la plus grande récompense pour un sculpteur est d’installer une œuvre dans l’espace public où elle peut être directement en contact avec tous les passants, pas seulement avec les amateurs d’art.

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