Journée internationale des droits des femmes : Olympe de Gouges, pionnière du féminisme par Cécile Raynal

08 mars 2022

Olympe de Gouges I, Sculpture en grés enfumé, bois, pigments, 2016

A l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, nous revenons sur la "rencontre" entre l’artiste Cécile Raynal et une figure pionnière du féminisme en France : Olympe de Gouges. Cette rencontre a donné naissance à une série de portraits sculptés à travers lesquels l’artiste a voulu souligner la contemporanéité des engagements de cette femme du XVIIIe siècle engagée et volontaire : « J’ai cherché à donner à ce symbole une incarnation, une figure intemporelle et de ce fait actuelle, une beauté sans joliesse, une intelligence sensuelle et sans arrogance. »

La commande de la Fondation La Dépêche 

Le travail de l’artiste sur Olympe de Gouges naît à l’occasion d’un appel d’offres portant sur l’installation d’une statue de ce personnage historique à l’Assemblée nationale. Son projet n’est finalement pas choisi. En octobre 2016, c’est un buste en marbre de Jeanne Spehar et Fabrice Glouxe qui est installé dans la salle des Quatre-Colonnes de l’institution française. La même année, la Fondation du groupe La Dépêche, qui connaît déjà le travail de Cécile et son intérêt pour le sujet, décide de lui passer commande d’une série de portraits de petit format. Un seul de ces portraits est encore disponible et il est actuellement en vente sur Artistics.

Olympe de Gouges I, Sculpture en grés enfumé, bois, pigments, 2016

Quelque temps après, le même commanditaire achète un portrait grand format d’Olympe de Gouges pour l’exposer de façon permanente au siège du journal La Dépêche du Midi à Toulouse. L’œuvre, présentée en 2018, a été inaugurée à une date symbolique : le 8 mars, journée internationale des droits des femmes. « Après Jaurès et Clémenceau, c'est important pour nous d'accueillir cette femme de grande valeur qui a montré sa détermination, et une femme née sur nos terres », a dit Marie-France Marchand-Baylet, présidente de la Fondation Groupe Dépêche, en présentant la sculptrice et son œuvre dans le hall d'accueil de La Dépêche.

Cécile Raynal devant le buste d'Olympe de Gouges à La Dépêche du Midi. Photo : Ladepeche.fr 

Le travail de Cécile Raynal sur Olympe de Gouges

Marie Gouze, dite Olympe de Gouges (1748, Montauban – 1793, Paris) est une femme de lettres et femme politique française, considérée aujourd’hui comme l’une des pionnières du féminisme français. Intellectuelle engagée contre la peine de mort et pour la fin de l’esclavage, militante des droits des femmes dont le droit de vote, elle publie la fameuse Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne en 1791. Deux ans plus tard, pendant la Terreur de Robespierre, elle est arrêtée et guillotinée pour avoir soutenu le groupe politique des Girondins.

Comme toujours dans son travail, Cécile Raynal s’immerge avec passion dans une recherche autour du personnage. Elle souhaite en saisir les traits, autour desquels elle développera ensuite son portrait. Elle rencontre alors des historiens et elle lit plusieurs biographies, textes descriptifs ainsi que les pièces de théâtre écrites par Olympes de Gouges. Elle s’inspire particulièrement de la biographie de l’historien Olivier Blanc. 

Olympe de Gouges II, Sculpture en grès enfumé, journaux, pigments, 2017

Cécile Raynal voit dans le personnage d’Olympe de Gouges « une visionnaire, une résistante qui a perdu, mais dont le combat est encore pertinent aujourd'hui, pour les femmes et pour les hommes ». Avec ses portraits, l’artiste souhaite montrer une femme courageuse, aux traits déterminés et fiers. Les cheveux d’Olympe de Gouges sont longs et détachés d’un côté, symbole de l’indiscipline et de la liberté qui caractérisaient son esprit, et courts et tranchés du côté où la guillotine s'est abattue sur elle. Sur l’un des portraits, trois urnes sont attachées à la colonne-socle de la sculpture, identifiant ainsi le texte qui a amené Olympe de Gouges en prison : Les Trois urnes ou le Salut de la patrie, par un voyageur aérien, où elle demandait le droit au référendum des Français sur leur futur gouvernement.

La parole à l’artiste

« Elle (Olympe de Gouges) est décrite comme belle et coquette, opiniâtre, entêtée tout au long de ses luttes et digne devant l’échafaud. Le portrait que Kucharski en a laissé nous représente une femme posant dans un confortable siège, bien mise, apprêtée, ce qu’elle fut fréquemment. Mais si Olympe de Gouges est devenue symbole, si elle reste dans les mémoires au-delà des périodes de forte misogynie qui ont accompagné et succédé à la révolution, en dépit de tentatives durant deux siècles pour lui ôter toute crédibilité, c’est parce qu’elle fait partie de ces êtres qui disent non. Avec conviction, philanthropie et audace. Et qui par ailleurs, en l’occurrence chez Olympe de Gouges, proposent des alternatives aux fatalités et aux normes du moment. 

Portrait d'Olympe de Gouges par Alexandre Kucharski (1741-1819)

De ces insoumises qui se posent à l’égal des hommes en pensée, en esprit et en expression et qui défient l’histoire quand elle cherche à les réduire au silence. De ces femmes qui courent parfois avec les Loups. De celles qui œuvrent avec leurs têtes, au risque de la perdre, non têtes-brûlées, mais têtes chercheuses. Femmes politiques, femmes de l’ombre qui inlassablement établissent, au-delà des intérêts féminins, la nécessaire égalité et parité des voix, condition à tout système dit démocratique.

Au présent, elle me parle. J’ai cherché à donner à ce symbole une incarnation, une figure intemporelle et de ce fait actuelle, une beauté sans joliesse, une intelligence sensuelle et sans arrogance, puisqu’elle ne l’était pas, née bâtarde et sans noblesse. Elle s’est tout inventée, irrévérencieuse et sans vanité. Le cou est démesurément long. Le port de tête déterminé. J’ai gardé de l’époque révolutionnaire la chevelure bouclée des femmes, et conservé l’étole qui apparaît dans le portrait peint par Kurchaski, ainsi que le tombé des épaules, propre aux représentations de cette époque. La chevelure fait office de force symbolique, échevelée (non domesticable) et de masse taillée, laissant découvert le cou très long.  La vitalité et la décapitation de ce buste apparaissant ainsi dans un même mouvement. Un même engagement. Sur des piles de journaux finalement, ses outils, ses armes, et causes de sa mort. » Cécile Raynal 

 

 

 

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